• Chapter III

                                     III

    « Non, je ne suis pas fils unique. Il y a des jours ou ça m'aurait arrangé, mais Dolphian et moi on n'est pas du genre amour fraternel. »

     

    Escalis, enfin.
    Traverser la moitié de l'Egotie, et enfin retrouver la civilisation, c'est le genre de choses qui font plaisir. Surtout lorsque l'on est habitué au luxe et au confort.
    C'est le cas de Sofia d'Alient, fille unique de Ranoff d'Alient, Seigneur de l'Est, Duc de la cité d'argent et maître du conseil d'Alietere. Sofia était une jeune mage novice, qui effectuait le voyage initiatique nécessaire à tout homme (ou femme) désireux de maîtriser l'Art secret.
    La magie n'avait jamais été son choix de carrière, mais il est inconcevable qu'une femme d'une si grande lignée ne soit pas magicienne ou courtisane. Et Sofia n'est pas du genre à porter un corset, et à appliquer trois centimètres de maquillage sur son visage pour suivre une mode. Et Gaellia, sa cousine, partageait assez cet état d'esprit pour l'avoir suivie.
    Enfin, moi, ce que j'en dis...

    Arriver à Escalis représentait le début de la fin de son voyage. Depuis sept mois qu'elle voyageait, elle avait eu le temps de « comprendre la véritable nature de la magie », comme l'archimage du palais le lui avait expliqué.
    - « Ma dame », avait-il dit, « ce voyage vous est malheureusement nécessaire pour que vous ressentiez enfin ce qu'est la magie, que vous la compreniez, que vous viviez avec elle durant ce voyage. Il est important pour une jeune femme comme vous d'être formée à l'existence. »
    Le vieil homme s'était trompé sur toute la ligne. La magie, elle l'avait de plus en plus en horreur. Mais pour le sens de la vie... Ces sept mois avaient étés les meilleurs de toute sa vie. Le frisson du voyage, cette sensation de liberté qui n'existait pas dans les cages en or, la faisait vivre.
    Mais là, elle n'était pas mécontente de ne plus se nourrir de gibier à moitié cuit, et de ne plus dormir à même le sol, avec les insectes qui vous dévorent lentement mais sûrement.
    Enfin bref.

    Elle ne connaissait pas Escalis, mais elle aimât l'endroit au premier coup d‘oeil. Un petit village de campagne, fait de maisons en pierre grise et en bois, gravées de cercles alchimiques, où tous le monde connaissait son voisin, et où la vie coulait plus belle que dans les villes.
    Sofia connaissait la petite Cillia, qui avait étée sa servante pendant un an, et qui avait quitté la cité d'Alient lorsque Sofia avait commencé son voyage. Elle comptait bien la revoir ici.

    Hortegar Aesgarsilf, ou fils d'Aesgar, était un Alénarien. Pour ce que cela signifiant, il était aussi un fier guerrier des plaines, un de ceux qu les civilisés appellent « barbares »... Il faisait partie de la garde personnelle de Sofia d'Alient. D'une taille impressionnante, il avoisinait les deux mètres, les tatouages tribaux qui ornaient son bras droit étaient son plus grand honneur et sa plus grande honte. Disons qu'il y avait un peu trop de motifs à son goût.
    Errant dans le petit village, il remarquait l'effervescence de celui-ci. Les gens s'embrassaient, parlaient d'un sauveur, souriaient et riaient plus que de raison.
    Ils viennent de contempler le malheur, et ils en sont sortis.
    - Et vous avez entendu ce qu'il disait en partant ? Demandait un des hommes.
    - Non... vas-y, raconte... allez... lui répondirent les autres.
    Évidemment dans ce genre de cas, tout le monde connaissait déjà l'histoire, mais on pourrait encore la raconter durant des années sans que les gens s'en lassent. Hortegar se demandait de quoi ils pouvaient bien parler.
    - Eh bien, Cillia lui a dit qu'il était un héros...
    Et ce type à dit qu'il n'en était pas un. Classique des sudistes.
    -... et il a répondu que les héros meurent trop rapidement pour lui.
    Hortegar ne s'attendait pas à cette réponse. Mais alors vraiment pas. Et il n'y a que très peu de sudistes qui ont autant d'humour, même si c'est du second degré. Il se dirigea vers celui qui avait conté cette histoire.
    -De qui tu parles ? Lui demanda-t-il.
    L'autre le regarda avec un drôle d'air. Il faut dire que le barbare était impressionnant, et que sa voix était vraiment une voix d‘Alénarien. Lourde et puissante.
    - Tu arrives dans la région à ce que je vois. Je parle de celui qui nous a tous sauvé, je parle du grand Rôdeur Enteraz bien sur !
    Les yeux du barbare s'écarquillèrent. On se rapprochait. Il empoigna le conteur sans ménagement.
    -Tu parles du Rôdeur d'Alianas, de Enteraz le Maudit ? Rugit-il.
    -Je... c'était un Rôdeur, mais... je sais pas...
    -Y sont pas beaucoup, les guerriers des secrets à s'appeler Enteraz. Ses yeux étaient comment ?
    Une jeune fille aux yeux de glace lui mit la main sur le bras. Une flamme d'incompréhension brillait dans ces yeux semblables à ceux des Alénariens.
    -Ses yeux sont de la couleur de l'obsidienne, ses cheveux sont bouclés comme ceux des Rashkaans, et il a une toute petite cicatrice sur l'arête du nez du coté droit. Pourquoi, qui est-il ?
    Hortegar lâcha le conteur et mit un genou à terre pour être au même niveau que Cillia.
    - C'est bien cet homme. Sa tête est mise à prix par les Alietere, et ils payent bien !
    Il y eut un mouvement de recul dans le petit attroupement de villageois.
    -Non..
    -C'est impossible...
    Hortegar regarda la petite fille qui se tenait devant lui sans comprendre.. Il lui attrapa l'épaule.
    - Ton héros est un meurtrier, et un méchant. Il a massacré des dizaines d‘innocents. Des prêtres, des voyageurs, et même un ou deux nobles. Certains pensent que cet homme est un démon. Et il est dans la région ?
    Le sourire du barbare faisait peur à Cillia.
    - Oui, c'est lui.
    Hortegar rugit de rire. La récompense pour sa capture était conséquente. Et aucun homme, fut-il à moitié démon, ne pouvait lui échapper.

    Le groupe de Sofia partit assez rapidement d'Escalis. Ils voulaient mettre le plus de distance possible entre eux et les Aursiannes. De plus, Izzï était à six jours de marche, et il ne fallait plus perdre de temps.
    Les routes étaient encore enneigées à cause de ce qui était tombé la veille, mais ils ne s'attendaient pas à de mauvaises rencontres. En plein hiver, les brigands se terrent en attendant les rayons du printemps. Ils furent cependant surpris de croiser une petite compagnie armée. Ils devaient être une dizaine, épées tirées, arborant le symbole de l'œil rouge sur leurs plastrons. A part le fait qu'ils ressemblaient à une armée en exercice, ils avaient l'air plutôt normaux.
    - Salutation voyageurs, leur dit l'un d'entre eux en langue d'Alietere, auriez vous par hasard aperçut un Rôdeur dans les environs ? Il nous le faut à tout prix. Notre maître Dolphian le Rouge vous en sera fort reconnaissant si vous nous aidez.
    Dolphian le Rouge ? Le maître de la Guilde Écarlate ? Que peut bien vouloir le sorcier le plus puissant de la cour à ce Rôdeur ?
    Kalas, un homme du Talim paladin, demanda :
    -Qu'est ce que vous lui voulez ?
    Les soldats se crispèrent. Les hommes du Talim ne sont pas très aimés, vu que la plupart d'entre eux sont considérés comme des brigands et des vagabonds.
    - Cela ne regarde que notre maître, répliqua l'un d'entre eux dans un mauvais commun.
    Sofia connaissait Kalas, et savait qu'il avait la colère facile. Elle prit donc la parole :
    -Nous ne voulions pas vous offenser. Nous sommes en route pour Izzï, et espérons l'atteindre rapidement. Et non, nous n'avons vu aucun Rôdeur, et ce depuis trois mois. Au revoir donc.
    Tandis que Sofia parlait, les soldats s'étaient mis à encercler le petit groupe. Ils n'avaient pas pris de bon temps depuis longtemps, et les deux demoiselles étaient plus qu'appétissantes. Le fait qu'elles soient nobles ils s'en fichaient, et de toute façon les soldats de la Guilde Écarlate ne sont pas recrutés sur leur quotient intellectuel. Les deux hommes seraient faciles à tuer. Du moins le croyaient-ils.
    -Euh..., commença Sofia, ... qu'est-ce que...
    Le leader s'approcha de la Magicienne. Sofia n'aimait pas ce regard. Non, mais vraiment pas. Elle se rendit compte trop tard qu'il s'était trop approché. L'homme lui attrapa le poignet. Un autre appuyait légèrement sur la joue de Gaellia avec sa dague.
    -Tuez les hommes, dit simplement le chef.
    Comme si c'était chose facile.

    Mais c'est pas possible...
    Ils sont d'une bêtise. On ne se laisse pas encercler comme ça quand on a un peu d'intelligence. Au moins de la noblesse ça..

    Sofia tentait vainement de se débattre. Avec la main que son agresseur lui plaquait sur la bouche, elle ne pouvait lancer de sort. C'est le genre de truc qui vous fait haïr la magie. Enfin, elle avait encore les bonnes vielles techniques... Elle mordit profondément la main qui la bâillonnait. L'autre la lâcha en hurlant. Sofia lui envoya une droite au visage. L'homme s'effondra. Sofia fit circuler la magie dans son corps comme elle l'avait appris. Ses yeux changèrent brièvement de couleur. Avant que les autres soldats eurent le temps de réagir, elle avait déjà l'incantation aux lèvres.
    - Pyro Sphaïran !
    Une boule de feu jaillit de sa paume ouverte. Deux soldats furent calcinés. Kalas décolla la tête d'un autre de ses épaules, et Hortegar en tua deux en commençant son chant de guerre. Gaellia eut tôt fait d'assommer son agresseur.
    Six, reste trois.
    La jeune clerc se saisit de son arbalète, l'arma, et tua l'un des survivants qui courait vers Sofia. Avant qu'elle ne réarme, Hortegar avait déjà tué l'avant-dernier et Kalas ferraillait avec le dernier.
    Parant un estoc de son bouclier, il frappa à la tête. Son adversaire leva son bouclier pour protéger son visage. Trop haut. L'épée de Kalas ripa sur l'écu de son adversaire, mais le coup ne venait pas de la lame. L'autre s'en rendit compte lorsque le bouclier de l'homme du Talim se leva à la rencontre de son menton. La rencontre fut violente. Et le noir s'empara de la pauvre victime de Kalas.
    Mais ils sont efficaces en plus...
    Enteraz sauta de son perchoir, une branche d'où il avait pu observer le combat tout en étant invisible. Ainsi donc Dolphian savait déjà qu'il se trouvait dans la région. Cette ordure allait en avoir pour son argent. Enteraz se débrouillerait sûrement pour que ce petit groupe s'occupe des autres patrouilles, et le tour serait joué. Il ne savait pas où ils allaient, mais il allait les suivre. Tout endroit serait meilleur que cette région infestée de soldats de la Guilde. . Il était sur le point rejoindre sa cabane pour y récupérer ses affaires lorsqu'un bruit des plus horripilant le fit se crisper. Celui d'un carreau d'arbalète qui atterrit, vibrant, à cinq centimètres de votre oreille gauche. Il vit Gaellia s'approcher de lui en armant un second carreau.
    Bon, l'affaire semblait mal partie...


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