• Chapitre 2

                              II

    «  Bon, on commence les hostilités ? Je suis un Rôdeur d'Alianas recherché pour pas mal de crimes. Et je ne suis malheureusement pas fils unique. »

     

     

    L'hiver était la saison préférée d'Enteraz. Le blanc qui colore les arbres, donnant à la nature un éclat immaculé et argenté, l'a toujours fasciné. Il aime l'hiver et le froid parce qu'il est né dedans. L'un de ses amis le décrira en disant qu'il était « moitié infernal, moitié hivernal ». Cette description l'énervera toujours au plus haut point.

    Empruntant un sentier encore frais d'une neige fraîchement tombée, il pistait un groupe d'hommes repéré une demi-heure plus tôt. La neige lui facilitait la tâche. Il aurait du remercier intérieurement Boréas, Dieu du froid et de l'hiver, mais les Dieux faisaient parti des deux choses qu'il détestait le plus au monde. Alors louer une entité inutile, même pas la peine. Est-ce qu'un Dieu avait empêché l'assassinat des ses parents ? Est-ce qu'un Dieu l'avait aidé quand il a été banni ? Est-ce qu'un Dieu lui avait seulement redonné espoir durant ses cinq ans d'exil ?

    Non.

    Il savait qu'ils existaient, puisqu'il avait lui-même un rapport privilégié avec deux d'entre eux.

    Mais on ne l'obligerait jamais à en adorer un. Enteraz n'était pas du genre à adorer de toute façon.

    Dans une tour d'onyx majestueuse vivait un mage.

    Vénérable, mais pas encore vieux, il était l'un des pratiquants de l'Art les plus important de la grande et respectable Guilde Écarlate. Son maître lui avait donné pour mission de protéger cette tour, et de superviser la construction du projet qu'elle abritait. Il avait eu besoin de main d'œuvre et s'était servit dans un village environnant. Comme il savait que les paysans étaient allergiques à toute forme de travail qui ne leur permettait pas de subvenir à leur besoin, il leur avait imposé un chantage : Ils travailleraient pour lui jusqu'à la fin du projet, ou sinon il faisait exécuter leur progéniture par la magie et de la manière la plus douloureuse qu'il connaissait. Ces hommes et ces femmes du village d'Escalis n'eurent d'autre choix que d'accepter.

    Oh, bien sur, certains tentèrent de se révolter.

    Ils furent maîtrisés, torturés, puis tués.

    Enfin bref.

    Il avait repéré deux ou trois jeunes filles de seize ans parmi les villageois qu'il se devait de recevoir.

    Comme Enteraz le supposait, la patrouille était bien connectée au sorcier. Il avait reconnu le sigle de la Guilde Écarlate sur un des hommes. Après quelques dizaines de minutes de filature, il arriva devant une grande tour d'au moins cinq mètres de haut, circulaire, faite de pierre noire. Un groupe d'une dizaine d'hommes gardait l'entrée, l'épée au clair, la mine patibulaire.

    Bon.

    Il allait falloir la jouer fine.

    Les glaces de Aursiannes peuvent être aussi impitoyables que Thierry. Mais elles, on pouvait leur échapper.

    Un groupe d'aventuriers en sortait justement. Après des jours de combat contre le froid et la neige des hauts sommets, ils sortaient enfin de l'enfer blanc des voyageurs.

    Ils étaient un groupe des plus disparates. Aventuriers chevronnés, ou jeunes imbéciles, ils venaient de passer quelques temps à voyager ensemble.

    Le groupe était sous la tutelle d'une jeune magicienne de vingt ans à peine, partie dans un voyage initiatique nécessaire pour comprendre le plus secret de tous les arts.

    Si la magie est un mode de vie tranquille sur la durée, le début de carrière d'un mage est des plus mouvementé. Il arrive même que certains n'y survivent pas. En tout celle-ci s'était vue entourer d'une garde de conséquence, en vue de son rang. Car elle était de la plus haute noblesse qui soit.

    Un puissant Alénarien aux cheveux pâles et aux yeux gris, portant dans son dos une hache de belle taille, était ce que les civilisés appellent un barbare. Des vêtements taillés dans des fourrures tribales et un entrelacs de lignes noires, tatouage de bravoure de la tribu des Ugthe-Genals, sur le bras droit, étaient les seules choses qui le protègerait du froid. Il suivait la magicienne par obligation.

    Une jeune Alietere, à peine sortie des dix-huit ans, aux cheveux d'ébène, plus grande qu'un homme de taille moyenne. Des yeux couleur ciel du soir allaient dans toutes les directions et complétaient à merveille son sourire de déesse. Elle était prêtresse d‘Hélia, Déesse du ciel diurne, et portait une robe de voyage orange marquée du soleil, symbole de sa foi. Une broche en or retenait son manteau bleu. Elle était cousine de la magicienne, et presque d'aussi haute naissance...

    Un homme au visage sombre, aux cheveux noirs et longs, retenus derrière la nuque par un bandeau de cuir, et aux yeux d'or caractéristiques des hommes du Talim. Il avait harnaché une armure d'argent poli, portait à la main gauche un écu du même argent, et une large épée de cavalier pendait à son baudrier. Paladin errant au service du grand Dieu gardien Héafaas, il vivait depuis longtemps en paria de son peuple parmi les Alieteres civilisés. Lui avait tout simplement répondu au désir du père de la magicienne.

    Ils formaient un groupe disparate, amis ou pas, et étaient sur le chemin du dernier lieu. Celui qui marquerait le début de la fin de leur voyage.

    Ils allaient à Izzï, cité des elfes de légende, patrie des deux plus grands guerriers elfique : Izzï et Léanath.

    Enteraz aurait du une fois de plus chanter ses louanges à Boréas, mais cette fois-ci pour des raisons pratiques. La neige empêchait les gardes de le voir, vu comme elle tombait. Usant de sa discrétion naturelle et évitant soigneusement de laisser des traces, il passa les dernières patrouilles, et s'engouffra à l'intérieur de cette tour noire.

    Les murs semblaient faits de cette même matière noire et polie qui donnait sa couleur à l'extérieur de la tour. Les couloirs étaient gravés de runes magiques et de symboles alchimiques des plus élaborés, et Enteraz était incapable de déchiffrer ces signes.

    Connaissant Dolphian, ça doit pas être là pour faire joli...

    La tour était creusée de couloirs ronds assez étroits. En cas de combat il ne pourrait pas dégainer son épée à deux mains. Il décida donc de sortir un couteau de lancer d'un étui situé à sa ceinture. C'était un couteau un peu spécial et il en avait plusieurs comme celui la.

    Enteraz détestait trois choses. En fait, il détestait beaucoup de choses, mais seulement trois ne trouvaient grâce à ses yeux : les Dieux, les jeunes filles nobles, et les espaces clos. Et le voilà réduit à déambuler dans des couloirs étroits et obscurs, armé seulement d'un couteau. La situation avait de quoi faire rire... Enteraz riait jaune.

    Ah ouais...

    C'étaient les villageois qui gravaient les murs, sous l'autorité d'hommes armés jusqu'au dents. Ces gens étaient doués en Alchimie. Leurs diagrammes paraissaient sans défauts.

    Comment les libérer ? Caché dans les ombres, Enteraz observait ces soldats un peu trop puants à son goût, cherchant un moyen simple de s'en débarrasser. A un contre neuf, même avec l'effet de surprise, ça allait être tendu. Le Rôdeur dégaina une de ses dagues, pris silencieusement un homme en otage, et l'amena à couvert avant que ses camarades n'aient le temps de le remarquer.

    -Si tu la fermes, tu vis.

    Ce fut la seule explication que le jeune homme donna au garde.

    Ils atteignirent sans problèmes les niveaux supérieurs de la tour. Le garde savait que s'il essayait de combattre, ou même de résister, son « tortionnaire » le tuerait. Il faisait passer Enteraz aux points de sécurité de la manière qu'il pouvait. Et une fois arrivés au sommet de la tour, devant les appartements du mage, le Rôdeur aux cheveux bouclés l'attrapa de nouveau.

    -Ok, tu vas rester là bien sagement. Si tu n'es pas devant cette porte quand je reviens, je te traque te je te tue.

    Enteraz ne le ferait jamais, mais autant faire jouer sa réputation.

    Il demanda :

    -Tu sais qui je suis ?

    L'autre fit non de la tête.

    -Je suis Enteraz le Maudit, et je relâcherais les démons de l'Hadès sur toi si tu me trahis...

    Enteraz vit la peur se dissiper des yeux bleus du garde. Pour faire place à la terreur.

    Pauvre con. Il n'a rien à faire ici.

    Quant à cette histoire de démons de l'Hadès... Je ne suis qu'un homme.

    Il poussa la porte en bois ouvragé, et entra dans les quartiers luxuriants, aux senteurs agressives, d'un adepte de l'Art secret.

    Le garde ne bougera pas.

    Des tentures partout, des tapis du Talim, et des reliques Rashkannes. Ce sorcier avait du goût. Un goût un peu tape à l'œil, mais bon.

    Le sorcier l'attendait, assis dans un fauteuil en orme, en ébène et incrusté d'or.

    Oser couper un arbre pour faire un truc aussi laid !

    Heureusement, cet homme allait mourir.

    -Enteraz le Maudit...

    Enteraz dégaina son épée et la planta dans un tapis. L'autre grimaça.

    -Heureux que tu connaisses mon nom.

    Le Mage se leva, et pris un verre remplis d'une liqueur rubis.

    - Du Romshee d'Alénarie. Un petit alcool que je fais venir exprès. C'est mon seul vice. Vous en voulez ?

    Enteraz dégrafa sa lourde cape de voyage et la lança sur un lit.

    -C'est pas de refus.

    Il attrapa un second verre, et goûta la liqueur du bout des lèvres.

    - Évidemment. Je ne me souviens pas que l'aracheris faisait partie de la recette, commenta le Rôdeur. C'est une drogue si je ne m'abuse ?

    Le Mage sourit derrière son bouc. Il leva le verre à ses lèvres, en but une gorgée, et dit :

    - Le problème avec les Rôdeurs, c'est qu'ils sont trop érudits. Ils en deviennent des adversaires des plus redoutables, et ce n'est pas pour me déplaire. Que diriez-vous d'un petit jeu ?

    Ce fut au tour d'Enteraz de sourire.

    -Pas un jeu martial j'espère ?

    -Maevis tout puissant, non ! Je ne crois pas pouvoir vous tenir tête longtemps dans un duel de force. Non, le jeu que je vous propose est un duel d'esprit.

    - Vous m‘intéressez de plus en plus, fit le Rôdeur. Continuez.

    Le Mage prit alors le verre d'Enteraz, ouvrit une fenêtre et vida le contenu au dehors. Il fit pareil avec le sien, et posa les deux verres sur une table basse.

    -Très bien, nous avons deux verres et de l'alcool. Je vais remplir les verres en mettant du poison dans l'un d'entre eux. Je vais ensuite vous présenter les deux verres. Le but est que vous choisissiez le verre « sauf ». Sinon, vous mourrez. Je boirais l'autre verre en même temps que vous.

    -Bon, vas-y...

    Le Mage se leva, alla dans une pièce différente, et revint avec les deux verres remplis de Romshee. Il les disposa devant Enteraz.

    - Prenez votre temps, le Maudit, dit-il avec un sourire. Vous avez tout le temps dont vous aurez besoin. Thierry se trouve devant vous.

    Enteraz se prit la tête entre les mains.

    -Il est bien beau, ton Thierry.

    Bon, fais pas le con.

    Il t'as présenté celui-là, donc, il pourrait l'avoir mis dedans. Mais, il pourrait aussi avoir préparé ma réaction, et donc avoir mis le poison dans l'autre verre...

    Je vais casser quelque chose, ça va me calmer.

    Merde, mais qu'est ce que ça pue !

    - Je peux vous poser une question ? Demanda le Mage.

    -Vas-y...

    L'autre prit une inspiration.

    -Pourquoi mon maître vous déteste-t-il à ce point ? Que lui avez vous fait ?

    Enteraz eut un rictus.

    -Je suis né.

    -Hein ?

    -Ton maître, Dolphian le Rouge, à un frère cadet. Moi.

    -Mais...

    -Me demande pas pourquoi il ne m'aime pas, je sais pas, mais cet enfoiré veut me tuer depuis que j'ai cinq ans. Mon frère est un malade, et moi aussi. C'est congénital.

    Enteraz prit un verre, puis le reposa. Il le fit tourner avec l'autre sur la table, comme un jeu de bonneteau.

    - Putain, il est dur ton jeu.

    L'odeur enivrante de la pièce s'estompait un peu.

    - Une autre question...

    Enteraz releva la tête.

    - Te retiens pas.

    - Pourquoi ne m'avez vous pas foncé dessus quand vous êtes entré ?

    - C'est simple : D'abord ça aurait pas été sportif...

    Le Mage acquiesça de la tête.

    -... et ensuite, ton glyphe m'aurait au moins calciné si j'avais voulu te tuer tout de suite.

    -C'est plus que ce que je n'espérait, dit le Mage. Non seulement tu l'as repéré, mais en plus tu as su que c'était un glyphe de feu... Je suis impressionné.

    -Tu me tutoies maintenant ?

    -Tant qu'on y est...

    Cinq autres minutes passèrent sans qu'Enteraz se décide. Soudain, celui-ci soupira.

    -Je crois que je sais...

    -Ah, enfin. Alors, lequel choisis-tu ?

    Enteraz dégaina une dague et l'enfonça dans le flanc de l'autre.

    - Aucun, il y en a dans les deux.

    Le sang imbibait la robe en étoffes précieuses, et les tapis tout aussi précieux en étaient tachés.

    -Comment as tu su ? demanda-t-il

    -Ton poison empeste...

    -Mais j'avais enfumé la pièce, tu... tu ne pouvais pas sentir.

    Enteraz se releva, et récupéra son épée.

    - Tu as ouvert la fenêtre.

    - Ah ... Bon... je crois que... j'ai perdu ?

    Il cracha un peu de sang.

    - Ouais.

    Enteraz l'acheva.

    De toute façon, il aurait été tué. Ou par le poison ou par Dolphian.

    Quand même, grand frère, tu le fais exprès ou tous tes serviteurs sont des bras cassés ?


  • Commentaires

    1
    Flop
    Vendredi 1er Avril 2005 à 21:09
    heuuummmm
    La prochaine fois, tu écriras ENCORE plus petit, histoire qu'on y voie que tchi... Enfin bref... Mieux que l'ancien n°2 celui là... LA suite, la suite !! ;)
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